Depuis deux ans environ, ma fille me demande si elle peut faire de la danse. Classique, s'entend. Parce qu'il y a un tutu, du rose, un chignon, des chaussons...parce qu'on lit Martine petit rat de l'opéra, parce qu'on regarde Fantasia...Parce que ça fait partie aussi des références des petites filles, que l'on transmet souvent d'une génération à l'autre, même si on n'a pas dansé soi-même.

Alors cette année j'ai décidé de l'inscrire, le mercredi après-midi.

Le premier cours, elle a suivi le groupe, pris part aux déplacements ludiques, fait bouger son petit corps au rythme des musiques entraînantes, parfois rigolotes, passées pendant le cours d'initiation. La prof a dit que les petites filles étaient à l'écoute, et prometteuses, et qu'en gros tout allait marcher comme sur des roulettes.

C'était sans compter ce qui se passe dans le petit cerveau de ma puce. Deuxième cours, en voyant une petite fille pleurer, elle s'y met aussi et ne veut plus suivre le cours. Elle finit assise sur mes genoux. Je suis surprise par ses bouffées d'émotion, sa détermination à ne plus entrer dans le groupe. Et je suis énervée aussi, parce qu'on a déjà acheté les affaires, que je lui ai cousu son nom, les lanières des chaussons. Et que j'étais contente, surtout, que ça lui plaise tant la première fois.
Troisième cours, encore pire. "Je ne veux pas y aller". Une fois sur place, crise et pleurs dès l'entrée de la salle. Je me dis que ce serait plus simple si je faisais un tour, mais je suis bloquée par mon petit 2e que je dois garder, et j'ajoue que je ne sais pas trop quoi faire. On file à l'anglaise, les boules.

Nous en avons donc parlé. J'ai attendu d'avoir avalé la pilule, après m'être vraiment mise en colère face à son refus obstiné et ses mots si durs "je veux rentrer à la maison, je n'aime pas la danse, je n'ai pas envie d'y retourner". Pourtant, le désir est bien là. Elle bloque, sans que je ne sache pourquoi.

Je tergiverse. Je discute avec quelques mamans pleines de compassion, essaye de ne pas me focaliser sur celles qui ont un air supérieur et pour qui tout semble aller de soi. Non, ce n'est pas facile pour tout le monde.
Je me dis que je n'ai pas envie d'apprendre à mes enfants, malgré moi, qu'on peut changer d'avis comme de chaussettes.
Je me dis qu'il faut tenir bon, trouver un moyen de la raccrocher aux wagons. Que ce jour-là elle était peut-être fatiguée et que ça aurait pu bien mieux se passer. Je pense à tous ces gamins que leurs parents écoutent trop. Aux "caprices". Je ne cède pas, tout en en parlant de façon positive.

Après une énième tentative pendant laquelle ma fille a fait la limace par terre sur les côtés de la salle tandis que toutes les autres petites filles s'amusaient à danser, j'ai jeté l'éponge. Non seulement j'étais dégoûtée, mais en plus j'avais honte.

Parfois, il vaut mieux tourner la page. Il n'y aura pas de tutu. On restera à la maison. On ne fera rien. Disons, rien de spécial.

J'ai du mal à avaler ça, mais peut-être que ça passera...